• Nos Silences, de Christelle Verhoest

    Nos Silences, de Christelle Verhoest

    Romance contemporaine autopubliée de genre M/M, vingt-quatrième oeuvre de l'auteure normande.

    Confirmée dans l'autopublication, Christelle Verhoest écrit depuis l'enfance et tire ses idées pour des romans aussi bien de photographies anonymes dont les détails agitent son imagination, de pensées furtives et inattendues que de ses propres expériences heureuses ou tourmentées qu'elle livre alors, avec ses mots et à travers ses personnages, dans la plupart des genres littéraires. Ce roman contemporain explore cette fois la dimension personnelle du tatouage corporel, par lequel leurs porteurs gardent trace des épreuves qu'ils ont subi et surmonté, exprimant - voire exorcisant - par l'encre ce qu'il leur est impossible par la parole.

    Le prologue oppose d'emblée la vision cynique de la maison familiale qu'en a Naïk Quellenec à celle généralement sécurisante du foyer chaleureux, justifiant ce point de vue par son enfance maltraitée auprès de sa belle-famille et dans l'ignorance, voire l'indifférence de son propre père veuf. Ayant quitté de lui-même le logis à sa majorité, le jeune homme - s'exprimant dans la première partie de l'oeuvre à la première personne - semble pourtant ne pas en avoir éprouvé de réel soulagement. Il trahit une certaine distance vis-à-vis du petit garçon introverti qu'il était, dont il parle à la troisième personne et qu'il place dans le cadre naïf d'un conte de fée qui aurait juste mal tourné. Ce premier silence d'enfant des années durant, prenant sur lui la responsabilité des sévices que lui faisaient subir ses proches, n'a transmis que honte et amertume à l'adulte ne pouvant - ni ne voulant - se poser en victime prostrée ; à vingt ans, provocateur mais sensible, Naïk poursuit sa vie sans parler de son passé à quiconque et le ferait en solitaire s'il n'y avait Karl, un étudiant sympathique, pour s'obstiner à lui tenir amicalement compagnie. Ce dernier lui propose un jour un emploi provisoire de secrétaire auprès d'Armel Guelven, cadet d'une famille bourgeoise immobilisé suite à une mauvaise chute.

    L'attirance charnelle est immédiate et forte entre les deux hommes ; mais la méfiance et l'orgueil les maintiennent à une distance préventive et froide l'un de l'autre, limitant leurs propos à ceux concernant l'écriture du roman d'Armel, tandis que leurs forts caractères les poussent à se défier verbalement, à éprouver leur désir mutuel de regards fiévreux. Leurs tatouages respectifs, dont ils comparent et s'expliquent les symboles, les rapprochent physiquement, puis confirment les premiers signes amoureux. L'agression de Naïk par Iwan, le frère aîné d'Armel, oblige ce dernier à prendre ses distances avec son amant, le temps de s'émanciper de ses proches et de leur déclarer son homosexualité ; mais bien qu'il ait exhorté Naïk à être patient dans l'attente de ses nouvelles, celui-ci est gagné par l'incertitude et s'imagine leur relation terminée... jusqu'à ce qu'Armel le tire d'une violente altercation à la sortie d'un bar et le conduise chez lui, l'invitant à partager sa vie. Sur l'île bretonne de Locmelar appartenant à la famille des Guelven, Armel narre la légende de Melan, fils renié et brisé de la lignée qui s'est élevé à force de détermination, et auquel il peut s'identifier ; Naïk quant à lui rompt le silence sur son enfance avilie. Leur idylle se concrétise par l'aveu mutuel de leurs sentiments et par la réalisation d'un même tatouage, une rose rouge épineuse, en bas de leurs dos.

    La seconde partie du roman laisse la parole à Armel Guelven, qui constate la disparition de Naïk comme des affaires de celui-ci de leur foyer, plongé dans un silence faisant écho seul aux interrogations du jeune homme frustré. Se confronter à Gildas Quellenec et évaluer l'indifférence qui a fait de l'enfant maltraité un adulte introverti, doutant perpétuellement de lui-même comme des autres, aide Armel à pardonner à Naïk de s'être enfui, et renforce son affection protectrice envers son compagnon comme son désir de le rejoindre ; ce qu'il réussit par la suite auprès de son éditeur. Cependant, Naïk se révèle atteint d'atrophie optique de Leber, tourmenté et fragilisé, au point de laisser apercevoir à son partenaire lors de leurs retrouvailles le petit garçon opprimé qu'il a été. Le couple s'apprivoise de nouveau peu à peu, retrouve ses repères entre tâtonnements, doutes et impatience ; entre séances à la piscine, échanges houleux et aveux amoureux. La visite de Gildas Quellenec donne à son fils l'occasion de lui crier sa rancoeur ; mais l'agression sur l'aire de stationnement ravive d'autant les tourments d'enfance dans son esprit.  Il remet à nouveau en question le statut de son couple, homosexuel et handicapé, au sein de la société actuelle... mais son compagnon le rassure, avec la détermination de leurs sentiments prête à soutenir la rééducation de ses jambes blessées, afin de se retrouver plus épris que jamais l'un de l'autre.

    Après la révélation sur les véritables circonstances de la tentative de suicide d'Armel, le vingt-huitième épisode du roman reprend le point de vue de Naïk, qui a décidé de régler ses comptes avec ses beaux-frères Ronan et Kenan pour extérioriser ses angoisses et vivre enfin sereinement. Le chapitre suivant retrouve alors une dernière fois l'expression de son partenaire pour leurs définitives retrouvailles ; puis l'épilogue conclut le récit avec un avis qui se veut purement objectif, celui d'une journaliste de l'agence Ouest Infos, sur l'avenir heureux de Naïk et Armel ensemble, désormais écrivains à succès et parents adoptifs de deux enfants handicapés.

    Harem, de Charlie Audern et Kaelig Lan Plus personnellement, j'aurais lu cette romance tourmentée d'une seule traite si je n'avais écouté que moi. Christelle Verhoest ne s'engage pas explicitement dans cette oeuvre contre l'homophobie, comme elle n'insiste pas sur le statut de victime des protagonistes. Leurs existences et leur vie commune doivent souvent leurs épreuves à la jalousie, à l'égoïsme et à la stupidité des autres ; mais une fois rompus les silences personnels, leur attachement mutuel, fort de leurs déterminations, les surmonte l'un après l'autre. Même la maladie et le handicap leur donnent finalement une occasion de plus de se prouver leur sincérité et d'être fiers de s'aimer, quoi que puisse en dire la société.

    Blanc comme Cygne >>

    Pin It

    Tags Tags :
  • Commentaires

    1
    Mardi 10 Novembre 2009 à 09:59
    Il avait raison cet artiste, contempler est la clé pour créer, et lorsque l'on essaie de contempler et que rien ne se produit, aucune étincelle, ou émotion, alors l'inspiration est tarie...
    2
    yseult-la-blonde
    Mardi 10 Novembre 2009 à 12:54
    c'est très joliment dit,et vraiment vrai,l'artiste a une vision différente!
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :