• Le Lac aux Soupirs

    La petite Lorah fut reçue par les bras de son père écrasé par le chagrin de la perte de sa femme, mais décidé à protéger leur enfant. Pour cela, il subit aussi la malveillance des villageois ; lui et Lorah vécurent chaque jour méprisés et insultés, mis à l'écart et évités.

    La petite fille grandit dans la haine inpirée par la terreur passée de la Nuit Sans Lune, rappelée par sa peau diaphane et ses cheveux à la blancheur réhaussée par ses grands yeux argent.

    Elle et son père ne furent pas chassés du village. Ses habitants redoutaient l'enfant comme on redoute un chien errant ; ils craignaient une nouvelle Nuit Sans Lune, et ne s'en seraient pris directement à la fillette et à son père pour rien au monde.

    Mais le désespoir finit par éprouver l'amour du père pour Lorah. L'enfant désiré qui avait pris la vie de sa mère avait laissé un sentiment de trahison à celui qui l'avait vu naître ; les injures et la solitude émoussèrent son courage et sa volonté. Lorah grandissant ne ressemblait en rien à sa mère défunte, ni même à lui, si bien qu'il finit par écouter les mauvais dires des superstitieux et des lâches qui attribuaient la faute des maigres récoltes ou de leurs imprudences à sa fille... jusqu'à ce que sa propre rancune eût pris le dessus en lui. 

    Le sourire de son père pour Lorah n'était plus qu'un souvenir de sa tendre enfance, flou et lointain comme un songe dont il ne reste qu'une vague impression au lever du jour... faisant place aux cernes et aux rides un peu plus marquées au fil du temps sur sa face pâle de fatigue et de tristesse qui étaient bien réelles.

    Chaque soir depuis sa naissance, il lui chantait une chanson de leur peuple, un air ancestral que sa mère aimait beaucoup et que Lorah avait fini par connaître par coeur... les mots las d'une femme amoureuse...

    Lune blanche, astre d'argent, m'ignoreras-tu encore ?
    Oseras-tu me repousser, t'éloigner... quand tes yeux appelent mon corps ?
    Comptes-tu toujours m'oublier... quand ton coeur réclame la mort ?

    Penche-toi sur le Lac aux Soupirs ;
    Le vent le froisse, comme la peine sur ton front ;
    Le vent l'agite, comme le désir en ton sang ;
    La lune s'y reflète, comme tes souvenirs...

     
    Penche-toi, aimant, je t'accueillerai sur mon sein ;
    Prends peur, tremblant, je te tuerai de mes mains ;

    Lune blanche, astre d'argent, pour toujours, encore...

    ... des mots qu'il ne disait plus que pour lui-même, le regard dans le vide, depuis que sa tendresse pour l'enfant s'accompagnait d'amertume. Mais ce soir-là, le père de Lorah surprit le mouvement des lèvres de sa fille, suggérant ces mots sans bruit... et la colère frappa son coeur. Il se jeta sur la fillette et serra sa gorge ; Lorah étouffait, râlait, les yeux écarquillés au bord des larmes... mais elle ne luttait pas.

    Soudain l'étreinte de son père se relâcha, et l'homme s'écroula sur elle.

    twilight moonlight
        
    à suivre...
     
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