• Il fut en des temps reculés, par-delà les terres ardentes, à l'abri des tempêtes blanches, une petite contrée cernée de royaumes en guerre et bravant la mer, ses terres faisant barrage en falaises escarpées aux humeurs de l'océan. Ses plaines parsemées de bosquets épineux et d'arbres tortueux ne connaissaient que l'épaisseur humide du brouillard le jour, et la nuit noire drapant la lune reflétée par le Lac aux Soupirs.

    Ses frontières ne craignaient nulle invasion, et les armées en conflit évitaient de se mesurer à l'horizon des terres de brume. Les nappes opaques et ruisselantes, les ombres des troncs tordus comme torturés par quelque maléfice, suscitaient leur méfiance et leurs superstitions.

    Les quelques habitants du village installé en ces terres près des falaises, derniers membres d'un peuple pourchassé et oublié, y avaient trouvé un abri de leurs oppresseurs, mais ils se sentaient prisonniers de leur refuge ; ils en redoutaient les nuances, les effluves et les bruits. Plusieurs générations avaient ainsi traversé le brouillard humide qu'aucun vent ne chassait, contemplé les nuages lourds que seule la venue de la lune troublait, les falaises que la fureur de la mer n'avait jamais érodé...

    Par une nuit où l'astre blanc fut absent dans le ciel d'encre, le Lac aux Soupirs qu'aucune goutte de pluie n'agitait débordant jusqu'au seuil des habitations, naquit une fille à la peau blanche et aux cheveux clairs, qui ouvrit les yeux sans pousser un cri.

    Sa mère mourante la nomma Lorah ; les gens du village la maudirent.

    twilight moonlight

    à suivre...

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  • La petite Lorah fut reçue par les bras de son père écrasé par le chagrin de la perte de sa femme, mais décidé à protéger leur enfant. Pour cela, il subit aussi la malveillance des villageois ; lui et Lorah vécurent chaque jour méprisés et insultés, mis à l'écart et évités.

    La petite fille grandit dans la haine inpirée par la terreur passée de la Nuit Sans Lune, rappelée par sa peau diaphane et ses cheveux à la blancheur réhaussée par ses grands yeux argent.

    Elle et son père ne furent pas chassés du village. Ses habitants redoutaient l'enfant comme on redoute un chien errant ; ils craignaient une nouvelle Nuit Sans Lune, et ne s'en seraient pris directement à la fillette et à son père pour rien au monde.

    Mais le désespoir finit par éprouver l'amour du père pour Lorah. L'enfant désiré qui avait pris la vie de sa mère avait laissé un sentiment de trahison à celui qui l'avait vu naître ; les injures et la solitude émoussèrent son courage et sa volonté. Lorah grandissant ne ressemblait en rien à sa mère défunte, ni même à lui, si bien qu'il finit par écouter les mauvais dires des superstitieux et des lâches qui attribuaient la faute des maigres récoltes ou de leurs imprudences à sa fille... jusqu'à ce que sa propre rancune eût pris le dessus en lui. 

    Le sourire de son père pour Lorah n'était plus qu'un souvenir de sa tendre enfance, flou et lointain comme un songe dont il ne reste qu'une vague impression au lever du jour... faisant place aux cernes et aux rides un peu plus marquées au fil du temps sur sa face pâle de fatigue et de tristesse qui étaient bien réelles.

    Chaque soir depuis sa naissance, il lui chantait une chanson de leur peuple, un air ancestral que sa mère aimait beaucoup et que Lorah avait fini par connaître par coeur... les mots las d'une femme amoureuse...

    Lune blanche, astre d'argent, m'ignoreras-tu encore ?
    Oseras-tu me repousser, t'éloigner... quand tes yeux appelent mon corps ?
    Comptes-tu toujours m'oublier... quand ton coeur réclame la mort ?

    Penche-toi sur le Lac aux Soupirs ;
    Le vent le froisse, comme la peine sur ton front ;
    Le vent l'agite, comme le désir en ton sang ;
    La lune s'y reflète, comme tes souvenirs...

     
    Penche-toi, aimant, je t'accueillerai sur mon sein ;
    Prends peur, tremblant, je te tuerai de mes mains ;

    Lune blanche, astre d'argent, pour toujours, encore...

    ... des mots qu'il ne disait plus que pour lui-même, le regard dans le vide, depuis que sa tendresse pour l'enfant s'accompagnait d'amertume. Mais ce soir-là, le père de Lorah surprit le mouvement des lèvres de sa fille, suggérant ces mots sans bruit... et la colère frappa son coeur. Il se jeta sur la fillette et serra sa gorge ; Lorah étouffait, râlait, les yeux écarquillés au bord des larmes... mais elle ne luttait pas.

    Soudain l'étreinte de son père se relâcha, et l'homme s'écroula sur elle.

    twilight moonlight
        
    à suivre...
     
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  • Le brouillard épais qui couvrait le lac cernait les arbres tordus sur ses rives et glissait entre les sillons de leurs écorces des gouttes d'eau froide qui ne s'évaporaient jamais ; il donnait une âme tourmentée à ces branches nues tendues vers le ciel, dressées hors de terre comme des mains crispées d'enterrés vivants.

    La mort du père de Lorah ne fut constatée que trois jours après son décès, quand l'odeur de putréfaction se fit sentir dans les rues autour de la maison. Les villageois jettèrent son corps à bas des Falaises.

    Ils ne trouvèrent point Lorah. Ils ne s'interrogèrent pas, n'en parlèrent pas... de peur de la faire apparaître. La terreur muette secouant leurs coeurs les priva de sommeil les premières nuits et inspira des cauchemars aux enfants ; ils guettèrent avec l'air hagard des condamnés la lune immaculée et impassible, comme si elle eut pû soudain se couvrir de flammes infernales...

    Les jours et les semaines passant, les villageois se persuadèrent avec soulagement que Lorah avait réellement disparu et aucune catastrophe n'étant à déplorer, qu'il n'y avait nulle raison de s'en inquiéter. Les mois et les années passant, ils finirent par l'oublier... jusqu'à l'arrivée de l'Etranger.

    Un simple soldat, marchant sans armes, un baluchon à l'épaule et l'air impassible ; un jeune homme enrôlé à la guerre qui avait regardé ses compagnons défaîts fuir, désordonnés, face à l'adversaire décidé à les massacrer, et qui avait pris un autre chemin.

    Il aurait pu se dresser sur le champ de bataille, mais il avait choisi de sauver sa peau. L'honneur le laissait indifférent, il ne désirait aucune gloire, rien ni personne ne l'attendait nulle part ; aussi aucune envie de vivre ne l'exaltant non plus, ce fut sans émoi qu'il pénétra dans le brouillard dense des terres maudites par ses anciens compagnons de combat.

    Il s'assit, nonchalant, au bord du Lac aux Soupirs, le regard passant d'un arbre noir et  sinueux à l'autre, puis aux eaux plates et grises sous la pénombre silencieuse. Il perçut vaguement le vain fracas de la mer contre la terre inébranlable, puis le croassement d'un corbeau au-dessus de lui. Paresseusement, il s'affaissa contre le tronc de l'arbre derrière lui et leva les yeux pour apercevoir l'oiseau...

    Ses yeux rencontrèrent deux prunelles argentées pleine d'interrogation, sur un visage pâle de jeune fille auréolé de mèches blanches et luisantes. 
      

    twilight moonlight
       
    à suivre...
     
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  • Isolée et cachée, Lorah n'avait pas parlé depuis sa fuite du village ; et ne se souvenant plus de sa propre voix ni même de mots pour s'exprimer, elle n'osait adresser la parole au jeune inconnu qui l'avait surprise dans le creux de l'arbre dans lequel elle trouvait refuge la nuit.

    Mais elle était plus curieuse qu'effrayée. Elle aurait été terrifiée de croiser un des habitants du village qui se faisaient plus nombreux et entreprenants autour du Lac aux Soupirs au fil du temps qui s'écoulait depuis son exil ; mais elle devinait de par son teint mat et son étrange baluchon que le jeune homme était un étranger... dont le regard intrigué ne portait aucun jugement, ni aucune menace.

    Cernés de brume et immobiles, les deux jeunes gens se considéraient l'un l'autre. La jeune fille s'attardait sur les cheveux épais d'ébène et la peau hâlée de l'étranger ; celui-ci notait le teint diaphane de l'inconnue et sa chevelure blanche tendue d'humidité... Leurs pupilles argent et onyx s'échangeaient le même regard intense sans prononcer un seul mot ...

    Un bruit d'éclaboussures frappa les traits de Lorah de frayeur et elle se tapit autant qu'elle put dans le creux de l'arbre ; surpris, l'étranger le fut davantage par la réaction excessive de la jeune fille... mais il se leva, puis se plaça devant l'arbre tortueux, tourné vers la direction du bruit d'où se détachait petit à petit l'ombre d'un homme marchant tranquillement dans le brouillard.

    Il attendit sans bouger que celui-ci l'atteignît, rendu furieux par les tremblements nerveux qui secouait Lorah dans sa cachette. 

    Le jeune villageois sursauta en distinguant l'inconnu dans le brouillard. Il nota son teint mat, son regard méfiant et le baluchon à ses pieds. Il n'avait jamais croisé d'autres personnes que celles vivant avec lui sur ces terres isolées, les adultes et anciens qui radotaient leurs vieilles histoires et les jeunes comme lui qui les avaient entendues d'innombrables fois, tous n'ayant jamais foulé que la terre froide sous la brume, n'osant s'en défaire...

    ... de la même façon qu'il n'osa d'abord trop s'approcher de l'étranger ni lui adresser la parole. Mais ses yeux avides le fixant toujours, la curiosité finit par lui ouvrir la bouche, pour lui demander s'il était perdu. L'étranger secoua la tête, gardant sa mine revêche :

    _ La guerre est finie ; je ne suis qu'un déserteur en fuite qui cherche à se cacher.

    _ Venez-vous de loin ?

    _ Je pense ; j'ai marché des jours entiers dans les rangs de l'armée repoussée jusqu'ici.

    Ses oreilles résonnant encore des légendes narrées par les anciens sur les origines de leur peuple pourchassé, le jeune villageois n'écoutait pourtant que sa curiosité piquée, trépignant d'en savoir davantage et de tromper son ennui. Il invita l'étranger à l'accompagner jusqu'à son village où il pourrait se sustenter et se reposer au chaud ; ce dernier sembla réfléchir, puis hocha la tête. Le jeune villageois sourit largement et lui faisant signe de le suivre, s'éloigna dans le brouillard.

    L'étranger ramassa son baluchon et sentant sa manche retenue, se tourna vers Lorah, qui s'était redressée de sa cachette pour agripper son vêtement et braquait sur lui ses yeux plein d'appréhension. Le jeune homme lui sourit, posa sa main sur la tête de la jeune fille en un geste réconfortant et lui faisant lâcher prise, s'élança à la suite du villageois.

    twilight moonlight

    à suivre...
     
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  • Pour la première fois depuis son installation sur ces terres brumeuses plusieurs siècles auparavant, le village se trouva en effervescence. Les enfants, comme les parents et leurs aînés, se pressaient contre la maison des Anciens auprès desquels avait été introduit l'étranger, afin de l'apercevoir par les fenêtres ouvertes et les fentes entre les planches des murs.

    Le jeune homme, quelque peu amusé de leurs regards curieux, bravait fièrement ceux, inquisiteurs, des personnes âgées regroupées devant lui ; à peine mis en leur présence, il avait ressenti leur méfiance lourde de condamnations et en mesurait parfaitement la menace, la mise en garde silencieuse de la jeune fille du Lac aux Soupirs prenant tout son sens dans son esprit...

    Mais s'il avait su dénier sans effort sa patrie et son honneur en quittant le champ de bataille, il cédait sous le poids de la colère et défiait ces juges hostiles au simple souvenir des tremblements de peur de l'inconnue à l'approche du villageois. Il voulait connaître la raison de cette crainte absolue qui le mettait hors de lui ; il était prêt à mettre la plaie à vif s'il le fallait, quoiqu'il puisse lui en coûter.

    Aussi ne répondit-il pas à la première question des Anciens.

    Il demanda clairement, droit et sûr de lui, quelle était cette jeune fille au teint pâle et aux cheveux blancs qui errait seule sur la berge du Lac aux Soupirs.

    Le silence se fit aux fenêtres de la pièce et les visages des Anciens devinrent livides.

    Plusieurs secondes de lourd silence suivirent l'évocation de Lorah ; l'un des Anciens n'avait cependant pas baissé les yeux malgré le choc qui avait frappé les traits de son visage et se reprenant, fixa le jeune homme avec un air à la fois outragé et confus.

    _ Quel est ton nom, étranger ?

    _ J'ai été baptisé Lymarc.

    _ Notre peuple vit sur ces terres depuis plusieurs siècles, depuis qu'il a été pourchassé par un seigneur tyrannique sur le continent à l'aube des batailles. Dans cette brume dense et permanente qui nous protège, nous ne jouissons pourtant que de la lumière pâle de la Lune chassant l'humidité le soir. Il y eut un soir où le ciel fut d'encre et où le Lac aux Soupirs déborda sur notre village sans qu'aucun nuage de pluie n'y eut déversé une seule goutte : Lorah vint au monde lors de cette Nuit sans Lune...

    Le vieil homme marqua un temps d'arrêt. Les villageois demeuraient aux fenêtres de la maison, mais ne soufflaient mot.

    _ Nous avons pris peur. Lorah nous rappellait cet effrayant moment qui a vu sa naissance, mais elle avait également une apparence étrange qui se rapporte à l'astre dont nous craignons depuis lors l'absence... et à l'une de nos vieilles légendes qui parle d'une nymphe claire errant sur notre dernière contrée avant d'être enlevée par un étalon noir qui brisera au passage cette terre d'exil, faisant disparaître à jamais notre peuple dans l'oubli...

    _ Vous l'avez donc à votre tour chassée.

    L'Ancien baissa alors la tête sans répondre. Tout avait été dit. Lymarc quitta la demeure sans saluer ses hôtes et reprit la direction du Lac aux Soupirs.

    Enbarr Noir
     
    à suivre...
     
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  • Il n'eut pourtant pas à se rendre jusqu'au Lac aux Soupirs pour trouver Lorah. Il la surprit devant lui, tentant de se dissimuler derrière un tronc d'arbre. Leurs regards se croisant, il nota un soulagement sincère dans les yeux argent ; mais lorsqu'il fit un pas dans sa direction, il y vit s'y glisser la peur, et la jeune fille eut un geste de retrait qui désespéra profondément Lymarc.

    Il continua à s'approcher, lentement, pour parvenir à ses côtés sans qu'elle s'enfuît, comme il l'aurait fait pour atteindre une créature blessée et craintive. Il voyait bien la frayeur de Lorah, ses pupilles affolées, ses doigts crispés sur l'écorce ruisselante... sur lesquels il posa finalement les siens, simplement, posant sur la jeune fille un regard doux souligné d'un sourire apaisant :

    _ Tu n'as pas à avoir peur de moi, je ne te ferai jamais aucun mal... Tu t'inquiétais pour moi, c'est ça ?

    Lorah ne savait pas de quelle façon réagir. Il y avait bien longtemps qu'elle n'avait cotoyé personne... mais surtout, les gestes prévenants, la voix caressante et les yeux pénétrants de l'inconnu la désarçonnaient. Elle aurait pu fuir, se cacher... mais le coeur battant à tout rompre, elle avait seulement, terriblement envie de demeurer là, auprès de lui... et de ressentir encore cette main, cette proximité qui pouvait exister et qu'elle avait oublié...

    Elle eut à peine le temps d'être surprise lorsque le jeune homme la prit entre ses bras ; car percevant sa douce chaleur s'insinuant en elle, Lorah s'accrocha à sa chemise et se détendit enfin.

    Lymarc s'assit au pied de l'arbre sous lequel il avait rencontré Lorah, se passa la main dans les cheveux, puis regarda la jeune fille qui se tenait debout devant lui, tournée vers les eaux du Lac aux Soupirs que la brume à l'approche du soir laissait apparaître plates et sombres. Ses pupilles argentées exprimaient une certaine mélancolie... mais lorsqu'elles se posèrent sur lui, elles s'éclairèrent et un sourire dessina les lèvres pâles de Lorah ; surpris, Lymarc retint son souffle malgré lui et rougit.

    Soudain la jeune fille sursauta et se retourna, reculant comme pour fuir. Lymarc se leva aussitôt et se plaça devant elle. Une ombre s'agitait dans le brouillard ; puis elle se déforma et plusieurs adolescents du village en émergèrent, des sacs plus ou moins imposants en main ou sur le dos.

    Le jeune villageois qui avait convié l'étranger auprès des Anciens vit celui-ci, leva la main en souriant pour le saluer... mais suspendit son geste en distinguant la jeune fille aux cheveux blancs dans son dos ; une stupeur incrédule frappa ces traits comme ceux de ses camarades. Percevant les tremblements de crainte de Lorah, Lymarc redressa le menton en direction du groupe ; l'adolescent se reprit et se força à sourire :

    _ Nous avons décidé de quitter ces terres. Les Anciens restent postrés chez eux, alors que nos parents ne cessent de gémir depuis que vous êtes venu ; si la fin de notre peuple ne doit plus tarder ici, nous préférons tenter l'aventure ailleurs !

    _ Soit. La guerre est finie ; vous n'avez qu'à choisir votre chemin.

    Le villageois hocha la tête malgré le ton froid de Lymarc. Lui et ses compagnons de voyage posèrent un dernier regard sur Lorah dissimulée derrière le jeune homme, puis reprirent la direction du continent, disparaissant dans les ultimes vapeurs humides du crépuscule.

    Lymarc se tourna alors vers Lorah ; celle-ci posa sur lui ses pupilles argentées, avant d'appuyer sa tête contre lui. Rougissant, le jeune homme caressa de sa main la chevelure blanche et luisante.

       

    Evanescent Happiness

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  • Les deux jeunes gens se retournérent vers les terres maudites. De plusieurs kilomètres à l'intérieur du continent, les arbres tortueux se détachaient dans la pénombre, le brouillard chassé par un vent marin qui bouscula la capuche de la cape de Lorah prêtée par son compagnon de voyage sur sa nuque. Lymarc s'empressa de la rabattre sur les cheveux immaculés de la jeune fille, qui considérait gravement le ciel étoilé et sans Lune au-dessus de la contrée de son enfance.

    Aucun éclair ne déchira le firmament ; le vent fort qui balayait la poussière du sol amenait les effluves salins et les grognements sourds de l'océan déchaîné. Un grondement impressionnant s'éleva soudain au loin, comme le cri de fureur d'un créature gigantesque émergeant des entrailles de la terre tremblante ; les troncs crispés mendiant la lumière du ciel disparurent, comme aspirés par les Enfers.

    Demeurés sur place, Lorah et Lymarc revinrent sur leurs pas aux premiers éclaircissements du matin, le jeune homme suivant simplement sa compagne silencieuse. Ils s'arrêtèrent au bord d'une nouvelle falaise contre laquelle glissait l'écume de la mer apaisée. Il ne restait rien, pas même un récif gênant les vagues, des Falaises Eternelles, des arbres tortueux du Lac aux Soupirs, des maisons pauvres du village des Anciens...

    L'aube se levait, mais le brouillard ne se formait pas autour d'elle ; pour la première fois, Lorah brava la lumière du soleil. Elle offrit sa peau pâle à la lumière crue et laissa sa chevelure boucler dans la brise du jour.

        

    a

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  • Au fil du temps et de la distance parcourue aux côtés de Lymarc, Lorah ne chercha pas à retenir la direction menant à la contrée de ses ancêtres. Elle s'accommoda volontiers de leur vie nomade, dormant sous les étoiles scintillantes sur la terre rendant la chaleur du jour, s'éveilllant aux premières vibrations de l'aube, ses cheveux ondulés caressés par la brise ; ne demeurant jamais dans les cités habitées, elle s'habitua aux regards inquiets ou intrigués des inconnus sur son apparence peu commune, sûre de ne pas avoir à les subir longtemps.

    Son compagnon de voyage resta auprès d'elle, attentionné et patient, marchant à ses côtés, lui expliquant ce qui lui était inconnu de ce monde nouveau, posant sur elle un regard doux souligné d'un sourire bienveillant, jusqu'à ce qu'un rougissement de ses joues le fîsse parfois se détourner précipitamment.

    Un jour de pluie, alors qu'ils étaient tous deux à l'abri dans la cavité d'un grotte, Lorah se souvint de sa rencontre avec le jeune étranger qui s'était aventuré dans les brumes maudites avec désintérêt, mais qui ne l'avait pas laissée depuis. Elle se tourna vers lui, qui baissait vaguement ses yeux sombres vers le sol. Elle ouvrit la bouche, la referma aussitôt, puis inspira et la rouvrit de nouveau...

    Lymarc écarquilla les yeux, fixa la jeune fille avec incrédulité ; celle-ci sentit la fièvre monter à son visage avant de détourner la tête malgré elle. Le jeune homme la saisit de sa main pour obliger Lorah à le regarder... pour voir ses joues pâles rosies pour la première fois, ses pupilles argentées brillantes d'émotion, alors qu'elle venait enfin de lui faire entendre sa voix... en prononçant son nom à lui.

    L'aube se levait, et pour Lorah, le ciel dans ses teintes mauves en paraissait plus beau et profond ; pour la première fois, Lorah se sentait vibrer de l'intérieur. Et se tournant vers Lymarc prêt à reprendre la route, elle s'élança vers lui, un sourire de joie répondant au sien, les yeux étincelants de la promesse du jour.

       

    tsunami

    Fin.

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