• Le Déserteur

    Le brouillard épais qui couvrait le lac cernait les arbres tordus sur ses rives et glissait entre les sillons de leurs écorces des gouttes d'eau froide qui ne s'évaporaient jamais ; il donnait une âme tourmentée à ces branches nues tendues vers le ciel, dressées hors de terre comme des mains crispées d'enterrés vivants.

    La mort du père de Lorah ne fut constatée que trois jours après son décès, quand l'odeur de putréfaction se fit sentir dans les rues autour de la maison. Les villageois jettèrent son corps à bas des Falaises.

    Ils ne trouvèrent point Lorah. Ils ne s'interrogèrent pas, n'en parlèrent pas... de peur de la faire apparaître. La terreur muette secouant leurs coeurs les priva de sommeil les premières nuits et inspira des cauchemars aux enfants ; ils guettèrent avec l'air hagard des condamnés la lune immaculée et impassible, comme si elle eut pû soudain se couvrir de flammes infernales...

    Les jours et les semaines passant, les villageois se persuadèrent avec soulagement que Lorah avait réellement disparu et aucune catastrophe n'étant à déplorer, qu'il n'y avait nulle raison de s'en inquiéter. Les mois et les années passant, ils finirent par l'oublier... jusqu'à l'arrivée de l'Etranger.

    Un simple soldat, marchant sans armes, un baluchon à l'épaule et l'air impassible ; un jeune homme enrôlé à la guerre qui avait regardé ses compagnons défaîts fuir, désordonnés, face à l'adversaire décidé à les massacrer, et qui avait pris un autre chemin.

    Il aurait pu se dresser sur le champ de bataille, mais il avait choisi de sauver sa peau. L'honneur le laissait indifférent, il ne désirait aucune gloire, rien ni personne ne l'attendait nulle part ; aussi aucune envie de vivre ne l'exaltant non plus, ce fut sans émoi qu'il pénétra dans le brouillard dense des terres maudites par ses anciens compagnons de combat.

    Il s'assit, nonchalant, au bord du Lac aux Soupirs, le regard passant d'un arbre noir et  sinueux à l'autre, puis aux eaux plates et grises sous la pénombre silencieuse. Il perçut vaguement le vain fracas de la mer contre la terre inébranlable, puis le croassement d'un corbeau au-dessus de lui. Paresseusement, il s'affaissa contre le tronc de l'arbre derrière lui et leva les yeux pour apercevoir l'oiseau...

    Ses yeux rencontrèrent deux prunelles argentées pleine d'interrogation, sur un visage pâle de jeune fille auréolé de mèches blanches et luisantes. 
      

    twilight moonlight
       
    à suivre...
     
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