• Beautiful, de Christelle Verhoest

    Beautiful, de Christelle Verhoest

    Romance contemporaine de genre M/M, autoéditée et publiée le 26 Février 2015.

    Qu'ils se déroulent au coeur de nos sociétés occidentales modernes, de périodes historiques précises ou même, de cadres imaginaires fantastiques, Christelle Verhoest évoque à travers ses multiples récits bien davantage que le thème récurrent dans sa bibliographie de l'homosexualité. L'art cinématographique, les intrigues de pouvoir à la cour du Roi Soleil, le quotidien nomade des saltimbanques, le fil des enquêtes policières, le parcours initiatique d'un bout à l'autre des Etats-Unis... sont autant de sujets variés, spécifiques, voire sensibles que son inspiration en continuelle effervescence lui suggère d'aborder et dont sa passion littéraire, associée à sa maturité et à sa méticulosité en écriture, relève les singularités profondes et les portées intimes comme autant de défis exaltants. Pour ce roman contemporain, l'auteure s'est ainsi appliquée à rendre un homme solitaire, froid et sans visage, émouvant et attachant aux yeux de ses lecteurs.

    Loris Kerguerez, âgé de vingt-six ans, hérite de la maison de sa grand-mère décédée, située dans une modeste commune bretonne et décide de la rénover pour s'y installer, saisissant l'occasion de laisser derrière lui la superficialité parisienne qu'il ne supporte plus. Un matin, il croise un inconnu à la tête encapuchonnée, aux traits dissimulés par un foulard et surtout, aux yeux de couleur turquoise pour lesquels il a un véritable coup de foudre. Il tente de faire davantage connaissance ; mais le visage lacéré douze ans auparavant par des camarades de collège jaloux, Valentin le Croezou s'est depuis lors renfermé, isolé sur lui-même et évite absolument tout contact avec autrui, allant jusqu'à repousser avec agressivité la moindre amorce sociable. Froidement rabroué, Loris n'en reste pas moins déterminé et réussit peu à peu à se rapprocher de Valentin... Cependant, leur relation a moins besoin de temps et de courage pour se confirmer et s'affirmer, que le jeune homme blessé pour faire face à ses angoisses et se reconstruire.

    Un attachement fidèle et prévenant peut rassurer, mais ne suffit pas seul à détacher une personne des conséquences et des circonstances d'un drame ayant irrévocablement marqué sa propre existence. L'entendement sagace de ses troubles est trompeur pour un point de vue subjectif, même animé par une réelle philanthropie, qui ne peut qu'en mésestimer l'influence pathologique à défaut d'avoir vécu les mêmes épreuves, mais aussi d'éprouver et d'exprimer pareillement ses émotions. De la même manière, le déclin de l'influence des traumas ne peut s'amorcer significativement qu'en la conscience de l'individu affecté ; un environnement serein, un entourage attentif associés à des interventions psychothérapeutiques n'engageant pas l'évidence de cette amélioration, ni son efficacité à long terme. Le personnage de Valentin le Croezou est ainsi d'autant plus délicat à aborder qu'il s'est obstinément introverti jusqu'à sombrer dans le mutisme, et a repoussé tant le débriefing préliminaire du psychologue au centre hospitalier que le soutien de sa propre mère au quotidien, laissant son traumatisme instiller au fil des années l'angoisse et l'amertume dans ses gestes, la culpabilité et la terreur dans ses rêves, puis le désespoir et la résignation dans son esprit, plus profondément encore que les pointes des ciseaux de ses agresseurs dans sa chair.

    A l'image de leur toute première rencontre, les débuts de la relation entre Loris et Valentin sont de véritables chocs émotionnels pour les deux hommes, l'audace enthousiaste du premier s'opposant violemment à la méfiance craintive du second. Poussé à y réagir, le jeune blessé discute simplement, confie son dégoût de lui-même, accepte un enlacement spontané, se sentant finalement apaisé auprès de son soupirant, avant de reconnaître l'honnêteté candide et l'attention amoureuse, la souffrance sincère de ce dernier à la perte du chat Salopette, qui le rappelent alors à la considération de la sensibilité des autres. Le mépris manifeste d'anciens amis d'adolescence malmène dangereusement cette évolution favorable de Valentin et l'optimisme naïf de Loris, ainsi que leur rapport de confiance et leur situation de couple... Toute la persévérance audacieuse de l'un, désormais choqué par la violence de son conjoint et l'espérance réveillée, bien qu'inquiète, de l'autre ne seront pas de trop pour se remettre de cette douloureuse épreuve et en tirer une force certaine, un équilibre durable afin de vivre à deux, ensemble, et heureux.

    Harem, de Charlie Audern et Kaelig Lan Plus personnellement, j'ai lu cette romance naissante aux circonstances difficiles d'une seule traite. Comptant tout juste 135 pages, elle est l'exemple parfait de l'usage avisé et pragmatique des mots, réduit strictement à l'essentiel pour exprimer l'émotion et la tension entre les protagonistes, comparables à un lien rapprochant assurément ceux-ci dans l'intimité sereine, mais s'étirant douloureusement lorsque les troubles les éloignent l'un de l'autre. La narration du point de vue de Loris Kerguerez, concentrée sur la petite commune et les instants privés, exempte de tergiversations sentimentales comme d'exposés psychanalytiques, nous rend le personnage de Valentin le Croezou humble et proche, au point que nous pouvons imaginer le croiser au détour d'une rue... ainsi que cette bête violence qui a marqué son existence à jamais.

    Donovan >>

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